Éditorial revue n°05 (janvier 2022)

Éditorial revue n°05 (janvier 2022)

Alors

le bonheur…

Fêter la nouvelle année et émettre les vœux qu’elle soit bonne revêtait jusqu’ici, d’année en année, un sens rituel. “La santé, les proches, le travail… le bonheur”, aspirations humaines renouvelées à la faveur de cycles stellaires et planétaires supposés immuables et sécurisants.

Ces cycles peuvent encore donner l’impression d’une certaine stabilité de même que la terre survivra certainement aux désordres engendrés par l’espèce humaine, et son pire avatar, le capitalisme. Mais pour ce qui est des aspirations, où qu’on se tourne aucun élément ne laisse augurer que l’année sera bonne : l’oppression, l’individualisme, la haine de l’autre, surtout s’iel est “étranger·e”, la veulerie fascisante occupent le haut des pavés des médias patronaux et gouvernementaux. Les politiques avides de penser présider une Ve République à bout de souffle se lâchent et lâchent leurs chiens policiers… À tel point qu’il semble plus réaliste de souhaiter une année meilleure que la précédente voire la meilleure année possible… perspectives indissociables d’une année de lutte.

« La santé” est révélatrice de l’état de délabrement de nos sociétés : dans les hôpitaux de plusieurs villes les ainé·es sont à nouveau “privé·es de chance”, les régimes au service du capitalisme n’ont même plus besoin de supprimer des lits, il n’y a plus de personnels parce que le paquet n’a pas été mis au moment où on les applaudissait. Et plutôt que les mesures d’urgences pour l’Hôpital public, les seules réponses sont de densifier encore la vaccination pour offrir au capitalisme une voie supplémentaire et énorme de profit sur la crise sanitaire en dopant les bénéfices et dividendes de Big pharma, qui se paye le luxe de vendre hors de prix des vaccins encore en phase 3 d’expérimentation sur des millions d’individus. Et le plus affreux c’est que ce nouvel Eldorado du capitalisme profite d’un immonde cercle vicieux : il y a consensus entre les responsables politiques de ces pays et les labos producteurs pour multiplier les injections dans les pays qui ont les moyens de payer. Mais chaque campagne d’injection supplémentaire, c’est autant de moins pour les pays qui n’ont pas les moyens d’acheter les vaccins et donc de risque que la forte circulation du virus dans ces pays favorise la survenance de nouveaux variants entretenant le système.

Donc plutôt que de donner, à l’image de la “solidarité internationale” aussi ostentatoire que mesquine des pays riches, les stocks en voie de péremption ou les Astra Zeneca difficiles à fourguer en raison des effets secondaires, c’est bien la levée de la propriété intellectuelle et des brevets qu’il faut imposer.

Les autres services publics emboitent le pas de la santé à commencer par la culture, la justice, l’éducation et le supérieur pas loin non plus du point de rupture après cinq ans de Blanquer et Vidal. Les transports bradés au privé. L’énergie avec la relance des constructions de nouvelles centrales nucléaires et la prolongation d’anciennes, ce qui en clair signifie multiplier les gabegies genre EPR ou les accidents nucléaires dont le Tricastin vient encore de rapprocher la probabilité, avec l’importante fuite radioactive de début décembre. Mais, et c’est ce qui compte le plus pour le nervi capitaliste Macron, le retour du nucléaire permettrait, encore plus qu’avec les mesures liberticides, de compléter l’arsenal répressif du secret et du contrôle, si propice au maintien des taux de profit.

Alors le bonheur avec tout ça ? “Ne pas voir, ne pas entendre, ne pas dire le mal”, comme le tentent certains·nes, qui essaient de s’étourdir dans l’insouciance, la consommation, la fête tragique (1) ? Ou bien espérer limiter la casse, en pensant dialoguer avec les fauteurs de ce monde inhumain autant qu’anti naturel, comme s’échinent à le faire les directions syndicales, au détriment des innombrables luttes de terrain qui auraient besoin de leur soutien, coordination, centralisation ? Ou plutôt regarder les oppressions en face, écouter la voix de la solidarité de classe, dire haut et fort, ensemble que ce système là on n’en veut plus et surtout agir avec toutes celles et ceux qui se battent pour la transformation sociale et la sauvegarde de l’environnement, dans une perspective clairement anticapitaliste.

Olivier Vinay

(1) Ces adeptes sans le savoir de Confucius gagneraient à méditer certaines de ses maximes, comme par exemple “les administré·es doivent contraindre les gouvernants à avoir pour seules richesses la justice et l’équité”.

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