Un mois dans le monde – avril 2021

Un mois dans le monde – avril 2021

Syrie
Près de 400 000 mort.es en dix ans. Le négationnisme sur l’ampleur des crimes commis par le régime d’Assad, avec l’aide de ses complices, est inacceptable. La dictature meurtrière d’Assad, l’offensive de Daesh et les interventions impérialistes ou turques ont fait éclater la Syrie. Une partie importante de la population a dû s’exiler. Cette guerre n’a qu’une seule issue non barbare : la chute de ce régime, le départ des troupes étrangères et l’établissement d’une démocratie pluraliste.

Liban
Comme l’Allemagne dans les années 1930 ou l’Argentine sous Menem, le Liban connaît l’écroulement de sa monnaie avec des conséquences sociales terribles. Le Liban importe quasiment tout et l’argent ne valant plus rien, la population ne peut plus se nourrir. Les manifestations incessantes ne sont pas venues à bout de l’oligarchie. Tous les anciens seigneurs de la guerre sont alliés pour se maintenir au pouvoir. Cette situation explique sans doute la visite que l’ambassadeur en France et la Ministre de la justice ont rendu à Georges Ibrahim Abdallah dans la prison de Lannemezan. Obtenir sa libération serait pour l’oligarchie, un moyen d’enrayer leur discrédit. Macron n’a pas donné suite.

Qatar
On connaît les premiers résultats de la coupe du monde de football de 2022 : 6 500 morts (essentiellement venus du sous-continent indien), des ouvriers venus construire les stades, routes, hôtels, aéroports…

Erdogan
Malgré l’opposition de plus en plus résolue d’une moitié de la population turque, il continue d’avancer. Après les expéditions meurtrières en Syrie, en Libye ou contre l’Arménie, il s’apprête à dissoudre le HDP, parti qui représente à la fois la gauche et la majorité des Kurdes. Il vient de retirer la Turquie de la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

Palestine
Des élections ont été annoncées et rien ne prouve que le processus aboutira. Mais ça bouge dans les deux grands partis. Le Fatah a expulsé de ses rangs un neveu d’Arafat qui voulait s’appuyer sur Marwan Barghouti, toujours emprisonné. Et deux femmes entrent au Bureau Politique du Hamas.
Pendant ce temps, la répression israélienne contre celles et ceux qui résistent s’amplifie. La députée KhalidaJarrar, incarcérée depuis 2017 et détenue jusque-là sans jugement, a été condamnée à 20 mois de prison supplémentaires. Le militant Issa Amro qui résiste quotidiennement aux exactions des colons d’Hébron est aussi en prison. Israël a déclaré que Samidoun, l’association qui défend les prisonnier·es, était terroriste. En écho, un député LREM, Patrice Perrot, demande la dissolution du collectif Palestine Vaincra de Toulouse parce que ce dernier soutient le FPLP.

Israël
La fascisation de la société est une conséquence directe de l’impunité. S’y ajoutent les “accords d’Abraham” (la normalisation avec les dictatures féodales du golfe) qui font croire à la population israélienne qu’une marginalisation définitive de la population palestinienne est possible. L’extrême droite qui défend l’apartheid et la colonisation est nettement majoritaire à la Knesset (le Parlement). Le groupe fasciste, héritier du parti de Meir Kahane, autrefois interdit en Israël, entre au Parlement.
L’extrême droite est divisée par des ambitions contradictoires, mais pas sur l’essentiel. Les manifestant·es qui, depuis des années, exigent le départ de Nétanyahou au nom de la morale, sont minoritaires dans une société où les barrières morales se sont écroulées. La “gauche sioniste” qui a fondé l’État sioniste est en voie de disparition. C’est elle qui a initié l’occupation et l’apartheid en se prétendant “universaliste”. Elle n’a plus d’utilité historique. Il n’est plus nécessaire de se dissimuler.
Toute occupation provoque l’apparition de collaborateur/ collaboratrices. Les Palestinien·nes d’Israël connaissent une crise grave avec l’apparition d’une délinquance et d’une criminalité généralisées. Jusque-là, celles et ceux qui votaient donnaient massivement leur voix à une coalition menée par le PC. Cette liste a perdu la moitié de ses voix au profit d’islamistes qui offrent à Nétanyahou une alliance improbable.

Mumia
Dans les années 1970, le FBI a assassiné systématiquement les membres des Black Panthers. Mumia Abu Jamal a échappé à l’assassinat, mais on lui a collé un meurtre sur le dos et il est en prison depuis plus de 40 ans. Les autorités pénitentiaires ne le soignent pas. Il vient d’attraper le COVID.

Europe
Les dirigeant·es indépendantistes catalan·esresté·es en Espagne ont été condamné·es à de très lourdes peines pour avoir osé organiser un référendum. Cela n’a pas empêché la majorité conservatrice du Parlement européen de voter la levée de l’immunité parlementaire de l’ancien président de la Catalogne, Carlos Puigdemont et des autres élu·es de son parti.

Allemagne
Les élections dans deux lands ont confirmé le “dégagisme” actuel. La surprise, c’est que le discrédit qui frappe le parti d’Angela Merkel, embourbé dans plusieurs affaires de corruption, n’a pas profité à l’extrême droite mais aux Verts. Une alliance de gouvernement entre ce parti et la CDU se profile.

Grèce
La droite est revenue au pouvoir parce que Syriza a trahi toutes ses promesses. Cette droite, c’est l’héritière de ceux qui ont assassiné des milliers de résistant·es, qui ont servi la dictature des colonels et qui ont provoqué la faillite du pays.  Elle entend venger les siens. Dimitris Koufodinas est un militant de l’organisation révolutionnaire du 17 novembre, qui a contribué à la chute du régime fasciste. Incarcéré depuis 18 ans, il a entamé une grève de la faim pour protester contre son régime de détention. Depuis la France, Georges Abdallah a fait un jeûne de solidarité.

Sénégal
Des émeutes ont éclaté le 3 mars après l’arrestation du principal opposant. Les manifestant·es ne s’en sont pas pris seulement au président Macky Sall. Ils et elles ont attaqué les multinationales françaises Eiffage, Total, Orange, Auchan qui pillent le pays alors qu’un nombre croissant d’habitant·es tentent la traversée maritime pour gagner l’Europe.
Coïncidence : Total est également présent en Birmanie.

Pierre Stambul

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