Laïcité

Laïcité

Quelles limites ? Ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas

Dossier

Nous abordons ici des questions complémentaires à celles traitées dans les deux dossiers précédents (voir les n°2 et 4 de L’Émancipation), sans prétendre épuiser le sujet.

Tout d’abord, la laïcité n’est pas une question franco-française comme certaines forces (diverses par ailleurs) le disent parfois… avec un but nullement désintéressé. La laïcisation est un phénomène aux sources anciennes, elle accompagne des processus d’émancipation intellectuelle, sociale et démocratique, notamment en période révolutionnaire. Pour se limiter à deux exemples : en France, une première Séparation s’opère en fait dès 1870, dans le cadre du pouvoir révolutionnaire que constitue la Commune de Paris (voir page II). Et la Séparation a un impact international, elle est ainsi portée par de nombreux courants révolutionnaires : par exemple lors de la révolution russe (voir page VIII). De ce point de vue, la laïcité n’a pas de limite : en tant que principe d’organisation des pouvoirs publics soustraits aux influences religieuses, elle a une portée universelle même si bien entendu les formes et rythmes de la laïcisation diffèrent selon les pays.

Cela n’empêche pas d’appréhender lucidement les limites de la laïcité “réellement existante” en France. Car, on l’a déjà évoqué précédemment, la bourgeoisie même progressiste ne mène le combat laïque que de façon imparfaite et pour ses propres objectifs. C’est par exemple pourquoi autant la laïcisation de l’école que celle de l’État (1905) ne closent pas le débat chez les premier·es instituteur·es syndicalistes et les socialistes, tant s’en faut : que faire dans le cadre d’une institution qui reste dans le cadre de l’État bourgeois (voir page III) ? Nous aurons l’occasion de revenir plus précisément sur ces problématiques dans un prochain numéro.

Autre limite à penser : le degré d’extension de la laïcité. Ce sont les institutions publiques qui sont/doivent être laïques, pas plus mais pas moins. Cette limite est induite par les lois laïques et la jurisprudence elles-mêmes, comme le rappelle Dominique Goussot (voir page VI). Cela ne signifie pas qu’il faille limiter le militantisme libre penseur et athéiste ; ni abandonner la lutte pour étendre les lois laïques là où elles ne s’appliquent pas encore (zones concordataires par exemple).

Autre limite enfin, mais là c’est une limite au présent dossier : la question pédagogique. Dans le quotidien de nos classes, la question de l’éducation rationnelle se pose. Elle se posait lors des débuts du syndicalisme enseignant, étant parfois comprise comme une forme d’“action directe” dans un domaine professionnel spécial (perçu comme non directement productif). Elle se pose aujourd’hui dans d’autres termes, mais de manière tout aussi pertinente. En face des tentatives de cléricalisation insidieuse (“enseignement du fait religieux”), mais aussi du matraquage idéologique des classes dominantes : “roman national”, thématiques pro-mondialisation capitaliste et pro-Union européenne, apologie du capitalisme vert sous des formes diverses (pour instrumentaliser les légitimes préoccupations face au saccage de l’environnement)… faire vivre la laïcité, c’est aussi lutter, dans nos pratiques professionnelles comme sur les lieux de travail, contre la transformation de l’école publique à la sauce Blanquer.

Dossier coordonné par Quentin Dauphiné

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